L'exposition à droite

L’exposition en photographie est basée sur l’exposition photographique d’une charte de gris de 18% ce qui veut dire qu’elle contient 18% de noir donnant ainsi un gris tout à fait moyen, convenant à la plupart des sujets photographiques en argentique. Le passage à l’ère du numérique n’a pas apporté de changement majeur à ce postulat pour obtenir une exposition souvent correcte. Bien que le numérique entraine l’apparition de bruits parasites dans les zones sombres et d’un risque de surexposition dans les zones trop claires, l’exposition calculée sur un gris moyen donne malgré tout d’assez bons résultats la plupart du temps. Cependant, si le sujet à photographier est trop sombre ou trop clair, l’exposition ne peut plus se faire de manière automatique sur les tons moyens au risque de voir apparaitre soit du bruit numérique dans les noirs, soit de cramer les blancs. Cette dernière possibilité est la hantise du photographe numérique.

Sans rentrer ici dans des détails pointus, pour les images 12 bits, il y a 4096 niveaux de codage disponibles. Si on regarde la dynamique du capteur numérique pour un format Raw,  on a 4096 niveaux à répartir en 5 diaphragmes, puisque le capteur des appareils numériques est sensible à une étendue de lumière d'environ 5 diaphragmes (F-Stop), ce qui nous donne le tableau suivant ;

Tons Niveaux
Très clairs 2048
Clairs 1024
Moyens 512
Sombres 256
Très sombres 128

On note dès lors, qu’il y a beaucoup plus de niveaux dans les tons très clairs ou hautes lumières. En pratique, cela signifie que vous aurez beaucoup plus de détails en photographiant dans les hautes lumières que dans les basses, d’où la notion d’exposition vers les tons très clairs, ce que l’on note sur un histogramme lorsque les valeurs des niveaux se portent majoritairement vers la droite, c’est à dire les zones très claires.

Histogramme04.jpg

Effectivement, l'outil le plus important sur l’appareil numérique est l'histogramme. L'axe horizontal va du plus sombre (à gauche) au plus lumineux (à droite). La hauteur des barres de l'histogramme représente le nombre relatif de pixels correspondant à une luminosité donnée. De fait, exposer à droite signifie choisir un réglage de vitesse et de diaphragme sur l’appareil photo qui au moment de la prise de vue va donner une image dont la luminosité maximale sera très élevée (très à droite sur l'histogramme) sans pour autant toucher le point ultime, correspondant au blanc absolu, évitant ainsi d’écrêter le peu d’informations disponibles dans les hautes lumières et de limiter les artefacts (bruits, effets de bande) dans les parties les plus sombres. Ainsi, d’après le tableau précédent, une telle image exposée à droite contient plus d'informations que la même photo aynat été "correctement exposée" au moment de la prise de vue, et une fois retouchée en postproduction, elle sera plus riche que celle qui semblait réussie à première vue sur l’écran de l’appareil photo. Effectivement, les images brutes produites ainsi sont apparemment surexposées sur l’écran de l’appareil photo mais de fait, ne le sont pas, car l’écran donne une vision fausse et édulcorée du fichier final. Exposer à droite consiste donc à surexposer de manière contrôlée afin de bénéficier de toute la dynamique qu’offre le capteur, et donc tout faire pour tirer parti de la richesse des zones les plus claires de la composition photographique. De fait, c’est une technique risquée car plus on expose à droite, plus on risque la surexposition. Heureusement, on peut toujours vérifier sur l'histogramme de l'appareil après la prise de vue, mais attention, cet histogramme étant en luminosité, il est tout à fait possible de surexposer un canal (R, V ou B) sans avoir pour autant un pixel blanc. On parlera alors de "canal tronqué". Cela ne se voit pas sur l'histogramme de luminosité, mais lors des retouches, on se retrouve avec des tâches de couleur peu naturelles. Certains appareils ayant des histogrammes séparés des différents canaux (R, V ou B)  permettent de vérifier séparément leur surexposition afin d’éviter cet inconvénient. D’autre part, la technique de l’exposition à droite ne fonctionne bien qu'en prise de vue en format Raw, car les changements de tonalité et d'histogramme effectués en post traitement peuvent être parfois assez conséquents, et également parce que les photos en format jpeg subissant une compression originelle, supportent mal le post traitement au vu des artéfacts susceptibles d’apparaitre et détruire la qualité de la photographie. Le format Raw dans cette technique de l’exposition à droite permet en post production de déplacer le curseur l’exposition, donc jouer sur l’histogramme, pour créer le rendu que l’on souhaite à sa photo. La seule différence est que l’image comportera davantage de détails en étant exposée à droite, qu’une image exposée correctement en calant l’exposition au centre, ce qui s’assure que les tons moyens seront bien exposés et les teintes parfaitement respectées, mais qui prend le risque que des zones essentielles pour la lecture de l’image, très sombres ou très claires, débordent de ce que peut enregistrer le capteur et deviennent toutes noires ou toutes blanches sur l’épreuve finale. Le photographe peut ainsi choisir délibérément quelles teintes claires seront placées à la limite extrême des possibilités du capteur afin d’avoir le rendu qu’il désire pour sa photo. Ainsi le photographe conserve la maîtrise de sa création photographique au lieu de la confier à l’automatisme de son appareil.

Exposer à droite, cela signifie apporter plus de lumière au capteur. En pratique pour réaliser ce type d’exposition, on choisi visuellement dans les zones les plus claires de la scène photographiée la limite que l’on veut préserver et au delà de laquelle tout sera traduit par un blanc uniforme. On mesure cette zone limite avec le fin faisceau de la « mesure spot » pour ne pas déborder et on surexpose d’environ deux indices de luminescence selon les capteurs, soit en choisissant une vitesse plus élevée pour un diaphragme donné, soit en choisissant un diaphragme plus ouvert pour une vitesse donnée. Ceci peut avoir comme effets soit d’entrainer des pauses plus longues, soit d’avoir une profondeur de champ plus réduite et donc donner un tout autre caractère à la composition photographique ainsi qu’aux moyens techniques mis en œuvre pour prendre la photo.

En pratique, pour exposer une photo à droite et donc caler l’histogramme à droite, on peut procéder de la manière suivante :

* En mode expert « priorité ouverture » : mesurer la lumière en spot sur la zone de la composition la plus claire. Mémoriser l’exposition, et surexposer d’un voire deux diaphragmes. Shooter et regarder sur l’écran de l’appareil photo l’histogramme. Normalement, on est calé à droite de l’histogramme.

* En mode expert « manuel » : mesurer la lumière en spot sur la zone de la composition la plus claire. Jouer sur l’ouverture ou le temps de pose pour que l’exposition soit placée à +1 ou +2 diaphragmes. Shooter et regarder sur l’écran de l’appareil photo l’histogramme. Normalement, on est calé à droite de l’histogramme.

En conclusion, malgré l’évolution de la technique de nos appareils photo, l’exposition à droite reste une technique d’actualité permettant de tirer le plus de bénéfice possible de la dynamique du capteur. Bien connaître son appareil, sa manière d’exposer, savoir interpréter l’histogramme, manipuler son logiciel de développement Raw, sont les points indispensables à l’utilisation de cette technique sans pour autant oublier que la « bonne exposition » est toujours aussi importante pour réussir une prise de vue. L’exposition à droite n'est évidemment pas une solution miracle, mais simplement  une corde de plus à mettre à son arc, à utiliser en RAW, sur des situations particulières afin de nous permettre d’obtenir une photo avec le plus de détails possibles dans les hautes lumières, sans pour autant les écrêter, tout en diminuant le bruit numérique des zones sombres.

"La difficulté c'est de sortir de la photo unique, et de réaliser une série homogène jusqu'à ce que l'ensemble prenne forme et soit porteur de sens".
S.Hugues, RP n°181 S Avril 2007 p.62.

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